Analyses

Phosphatases alcalines élevées chez le chien : beaucoup de causes banales

Chez le chien, la PAL monte pour beaucoup de raisons banales. Voici comment lire la ligne sans la surinterpréter ni passer à côté.

Des phosphatases alcalines élevées chez le chien signalent une activité enzymatique accrue venant surtout du foie et de l'os, et le chien est la seule espèce courante à fabriquer en plus une isoforme induite par les corticoïdes. C'est pourquoi une PAL élevée isolée chez un chien est fréquente et peu spécifique, alors que chez le chat la même hausse pèse davantage.

Ce que mesure ce marqueur

Les phosphatases alcalines, abrégées PAL ou ALP, sont des enzymes présentes dans plusieurs tissus. Les deux sources principales chez le chien sont le foie, en particulier les cellules qui bordent les canaux biliaires, et l'os en croissance ou en remaniement. Le dosage sanguin mesure une activité enzymatique totale, toutes origines confondues. Il ne dit pas d'où vient l'enzyme.

Une particularité canine change la lecture. Le chien fabrique une isoforme supplémentaire sous l'effet des glucocorticoïdes, ceux qu'il reçoit comme ceux que son propre organisme produit. Le chat n'a pas cet équivalent. Conséquence pratique : chez le chien, la PAL monte facilement, et une hausse isolée est le résultat anormal le plus banal du bilan sanguin. Chez le chat, la même hausse a un poids beaucoup plus lourd, parce que la demi-vie de l'enzyme y est très courte et que peu de causes la font monter.

Ce que les vétérinaires explorent quand la valeur sort de la plage

Les causes ci-dessous sont classées par fréquence approximative en pratique canine, pas par gravité.

PisteÉléments qui l'évoquent
Croissance osseuseChiot, jeune chien, fracture en consolidation
Exposition aux corticoïdesComprimés, injections, pommades, gouttes auriculaires ou oculaires, y compris arrêtés depuis quelques semaines
Hyperplasie nodulaire bénigne du foieChien âgé, PAL élevée isolée, reste du bilan calme
Hypercorticisme (maladie de Cushing)Boisson et urines augmentées, ventre distendu, poil clairsemé, appétit augmenté
Cholestase, c'est-à-dire écoulement de la bile ralentiCalcul, mucocèle biliaire, inflammation, masse, pancréatite au contact du canal
Médicaments au long coursPhénobarbital notamment
Maladies hépatiques chroniquesHépatite chronique, fibrose, tumeur
Maladies endocriniennes associéesHypothyroïdie, diabète sucré
Atteinte osseuseRemaniement important, tumeur osseuse
Particularité de raceCertaines lignées, dont le Scottish terrier et le husky sibérien, présentent des valeurs hautes sans maladie retrouvée

Cette liste n'est pas un menu dans lequel on choisit. C'est l'ordre dans lequel les hypothèses se testent, en partant du plus fréquent et du plus facile à vérifier.

Ce que cette valeur ne dit pas toute seule

La PAL ne mesure pas le fonctionnement du foie. Un foie qui travaille mal peut avoir une PAL peu élevée, et un chien en pleine forme peut avoir une PAL très haute pour une raison bénigne. Une ligne isolée ne permet donc ni de rassurer ni d'inquiéter.

Les marqueurs qui se lisent en même temps :

  • La GGT, autre enzyme des voies biliaires. Le couple PAL et GGT aide à distinguer une origine biliaire d'une hausse liée à l'os ou aux corticoïdes.
  • L'ALAT, qui signale une souffrance des cellules hépatiques elles-mêmes.
  • La bilirubine, qui monte quand la bile s'évacue mal ou quand les globules rouges sont détruits.
  • L'albumine, l'urée, le cholestérol et la glycémie, qui reflètent le travail réel du foie.
  • Les acides biliaires ou l'ammoniémie, qui sont de vrais tests de fonction, quand la question se pose.
  • La numération et l'ionogramme, qui replacent l'ensemble dans un contexte.

Deux éléments valent souvent plus que tout le reste : l'âge du chien et l'évolution. Une PAL comparée à un bilan d'il y a six mois raconte une histoire ; le même chiffre pris une seule fois ne raconte rien. L'échographie abdominale, quand elle est proposée, sert à regarder la structure du foie, la vésicule et les surrénales, ce que la prise de sang ne montre jamais.

Enfin, gardez en tête que la plage imprimée sur votre compte rendu appartient au laboratoire et à l'automate qui a fait l'analyse. Deux laboratoires ne sont pas comparables ligne à ligne. Comparez toujours un résultat à un résultat obtenu par la même méthode.

Quand consulter sans attendre

Gencives, blanc de l'oeil ou intérieur des oreilles qui virent au jaune. Urines très foncées ou selles décolorées. Vomissements répétés, refus de manger au-delà de vingt-quatre heures, abattement net. Abdomen tendu, douloureux ou qui grossit. Saignements, hématomes, désorientation ou comportement inhabituel. Boisson et urines qui augmentent nettement avec un amaigrissement.

Les questions à poser à votre vétérinaire

  1. Cette PAL est-elle isolée, ou d'autres marqueurs hépatiques bougent-ils en même temps ?
  2. Mon chien a-t-il reçu des corticoïdes ces derniers mois, y compris sous forme de pommade, de gouttes auriculaires ou oculaires ?
  3. Dans quel délai recontrôler, et sur quoi porterez-vous attention à ce moment-là ?
  4. Une échographie abdominale changerait-elle votre conduite, et que cherchez-vous précisément ?
  5. Des tests de fonction hépatique, comme les acides biliaires, sont-ils indiqués ici, et qu'apporteraient-ils que la PAL n'apporte pas ?

Questions fréquentes

Une PAL élevée chez mon chien veut-elle dire qu'il a un problème de foie ?

Pas nécessairement. La PAL vient aussi de l'os, et le chien produit une forme supplémentaire de l'enzyme sous l'effet des corticoïdes, internes ou administrés. C'est l'ensemble du bilan, l'âge du chien et l'évolution du chiffre dans le temps qui orientent.

Mon chiot a des PAL au-dessus de la plage, est-ce inquiétant ?

Chez un animal en croissance, l'os fabrique activement cette enzyme et la valeur dépasse souvent la plage établie pour un adulte. Le vétérinaire replace le résultat dans le contexte de l'âge et recontrôle après la fin de la croissance si besoin.

Une pommade ou des gouttes à base de corticoïdes peuvent-elles faire monter la PAL ?

Oui. Les corticoïdes en application cutanée, auriculaire ou oculaire passent en partie dans la circulation et suffisent parfois à élever la PAL du chien. Signalez toujours ces produits au vétérinaire, y compris ceux donnés il y a plusieurs semaines, et ne modifiez rien de vous-même.

Faut-il refaire l'analyse ?

Le recontrôle à distance est une démarche courante, parce que la tendance apporte plus d'information que le chiffre isolé. Le vétérinaire fixe l'intervalle selon l'état du chien et les autres marqueurs.

Cette fiche explique et oriente. Elle ne constitue pas un diagnostic et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Elle est publiée en version préliminaire et sera signée dès sa validation par un vétérinaire.

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